Une exploration détonante


A la suite d’un projet d’enseignement d’exploration intitulé Créations et Activités Artistiques, quatre élèves d’une classe de seconde sont allés au Centre Culturel Franco-Mozambicain (CCFM) pour découvrir de manière transversale les arts visuels, arts du spectacle et arts du son. Ils ont eu l’occasion de découvrir des métiers de la Culture et ont interviewé plusieurs professionnels chargés de la Semaine de la Danse qui s’est déroulée au CCFM du 17 au 24 septembre 2018. Ces rencontres et manifestations ont donné lieu à des échanges forts. Voici quelques articles présentant cette expérience.

Idio Chichava, itinéraire d’un chorégraphe de danse contemporaine.


Auteur: Loan Claquin, élève de seconde 

Idio Chichava est un chorégraphe et danseur Mozambicain qui parle couramment français. En effet, cet artiste talentueux vit et travaille entre la France et le Mozambique. Il présentait un spectacle de danse contemporaine le 21 septembre lors de la semaine de la danse qui dura du 17 au 24 au Centre Culturel Franco-Mozambicain.

Le spectacle, la chorégraphie

Le spectacle d’Idio Chichava s’appelle ‘O sentido unico’ : Sens unique. Le thème exploré est celui de la violence domestique et la relation entre un homme et une femme qui partagent une relation ambivalente : rencontres sensuelles, moments heureux et tristes, incompréhension et violence, marquent les relations de ce couple. Il voulait favoriser le côté intime d’une relation. La chorégraphie met en scène ce thème qui lui tient à cœur car c’est un sujet assez courant, non seulement au Mozambique, mais aussi dans le monde en général.
En ayant nous-même assistés au spectacle, nous ne pouvons qu’être d’accord avec lui. En tant que spectateur, nous pouvons dire que la chorégraphie d’Idio Chichava est vraiment belle et artistique. Elle raconte une histoire et fait passer un message. On retrouve parfaitement tous les éléments mentionnés par Idio dans son témoignage et sa manière de faire. Tout est beaucoup plus concentré dans l’expression, la proximité et les gestes simples plutôt que dans les mouvements techniques, les sauts et la flexibilité. Le jeu des lumières subtil et tremblant, nous plonge parfois dans une atmosphère inquiétante. On perçoit le danger qui frappe la femme notamment lorsqu’elle se fait pratiquement étrangler par son partenaire à un moment dans la chorégraphie. Sensualité et violence s’entremêlent dans un univers sonore.

Photo CCFM

Processus de création.

Idio Chichava a toujours été quelqu’un de très attentif, observateur et créatif. Lorsqu’il rentre dans un état de création et de recherche, il observe la manière d’être, de réagir et de parler des personnes dans la vie de tous les jours. C’est à partir de ces observations qu’il peut créer des pas en réutilisant éventuellement ce qu’il voit lorsqu’il danse ou dans ses chorégraphies.
Il a toujours son casque sur les oreilles et écoute plusieurs styles de musique différents. Mais pour choisir sa musique, il n’a pas de techniques particulières. Par exemple pour ‘O sentido unico’ : il était dans un bus, écoutant de la musique japonaise et regardant par la fenêtre lorsqu’il aperçut deux petits garçons en train de jouer dans un parc. Ils étaient en train de se tirer d’avant en arrière et il se trouve que ce pas allait vraiment bien avec la musique qu’il écoutait. Et à partir de là, grâce a sa créativité, il commence à imaginer d’autres mouvements à la suite et cela lui donne des idées et l’inspire.
Il nous explique aussi que les personnes avec lesquelles il danse ou fait une chorégraphie sont souvent ses collègues avec qui il est proche et entretient de bonnes relations. Par exemple ici, les deux danseurs sont sa femme Edna, chorégraphe elle aussi, et son ami Osvaldo.
Il ne cherche pas le côté technique chez ses danseurs, il favorise l’expression des sentiments, leur présence, leur capacités sur scène et leur créativité. Il dit ainsi :
«Je favorise le coté créatif et performatif du danseur, pas vraiment la technique. Je ne me focalise pas dessus car je trouve que la créativité et la présence sur scène sont les choses qui complètent vraiment un danseur.»

Parcours professionnel

Ce chorégraphe et danseur est né et a grandi au Mozambique. Au départ, son rêve était de devenir footballeur professionnel mais il découvrit la danse et réalisa qu’il aimait vraiment cela. Il fit donc le choix de continuer vers le chemin de la danse plutôt que celui du football. Au fil du temps, il eut une formation sur la danse traditionnelle, fit beaucoup de stages avec des professeurs et chorégraphes locaux et étrangers, s’améliora en tant que danseur et créa aussi des chorégraphies plus tard.
«Ce qui m’a permis de vraiment rentrer dans la profession de la danse, c’était le moment où la seule compagnie indépendante de danse contemporaine m’a invité pour faire partie d’une chorégraphie.»
Il eut aussi l’opportunité de pratiquer la danse contemporaine à Toulon, en France et nous a confié qu’au Mozambique, il rencontre beaucoup de difficultés au niveau de la production d’une pièce car il doit s’occuper de plusieurs aspects techniques tout seul (tels que trouver une salle pour répéter, chercher comment diffuser son spectacle, avoir un environnement propice à la création pour pouvoir explorer toutes ses idées, manque de matériel disponible, les artistes là bas sont très occupés car ils ont d’autres métiers en plus d’être dans la compagnie ou de participer au spectacle…).

Ainsi, le danseur et chorégraphe Idio Chichava aura transmis un message fort et marqué les esprits avec sa chorégraphie, ce 21 septembre 2018 au CCFM.

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