Le reportage qui m’a le plus touché

CLAQUIN Loan

La scène du crime dans le quartier chic de l’hôtel Zona Viva à Guatemala, au Guatemala, après que Karina Marlene, âgée de 31 ans, ait été abattue par six coups de feu tirés d’un taxi.

Le reportage qui m’a le plus touché est celui intitulé ‘Latidoamerica’ du photographe indépendant espagnol Javier Arcenillas. ‘Latido’ en espagnol signifie le battement, le pouls, le rythme cardiaque. Donc en nommant sa série de photos ainsi, Arcenillas évoque simultanément la vie, la mort ou l’entre-deux en Amérique Latine.

Ce projet décrit la peur, la colère et l’impuissance des victimes au milieu de la terreur quotidienne des gangs de rue, des meurtres et des vols au Honduras, El Salvador, Guatemala et Colombie. Le photographe a placé sa caméra au cœur des violences incontrôlées de l’Amérique Latine, et s’interroge sur les facteurs politiques et sociaux qui en sont à l’origine.

Lorsque j’ai fait face à ces photos, j’ai vraiment ressenti de la pitié et de l’horreur, j’avais mal, je m’imaginais ce que ça devait être de vivre dans un tel environnement. Sans cesse dans la peur, le danger et la haine. Car toutes les photos prises par Arcenillas démontrent cela. Elles sont toutes en noir et blanc et étaient disposées sur un grand fond blanc, ce qui permettait d’avoir une vue d’ensemble et d’ensuite les regarder plus précisément en se rapprochant.

Chacune d’entre elle vous apporte un sentiment différent malgré une émotion globale qui persiste. Le choc et l’horreur. On regarde ces photos et on se dit : “C’est vraiment horrible.” Ce sont des photos violentes et marquantes. Même lorsqu’on ne les a plus sous les yeux, elles restent dans nos têtes.

Personnellement c’est la photo des hommes allongés, pleins de sang, morts après une attaque de couteaux qui m’a fait cet effet. J’en ai eu les larmes aux yeux. On voit sur l’image en premier plan, un homme mort, allongé sur un lit mobile. Son t-shirt est relevé et il porte un pantalon. Des tâches de sang séchées lui recouvrent le torse, la main et le visage. Ce dernier est aussi entaillé d’une marque de couteau allant de la partie droite de son front jusqu’au haut de son nez. Derrière ce lit, trois femmes et un homme sont debout avec des airs graves. Les deux premières femmes sont âgées comparé à la troisième qui est une adolescente. L’une d’elle fait partie de la sécurité. L’homme qui se tient à côté des femmes est torse nu et porte un jean. Son torse, ses bras et sont visage sont aussi recouverts de taches de sang, ainsi que les murs derrière lui. En arrière plan, on aperçoit deux autres lits avec des hommes morts allongés dessus. Il y a aussi des toilettes et à l’entrée de celles-ci, un autre homme est allongé par terre, plein de sang.
Victor Alvarado, photographié après un vol et une attaque au couteau à San Pedro Sula.

Sur certaines photos, on voit des enfants ou des adolescents choqués, horrifiés, qui pleurent ou qui ont peur. Et le fait de me dire que des gens de cet âge aient dû être témoins ou vivre de telles situations me déchire le cœur. Parce que je me dis qu’aucun enfant ne devrait être arraché à l’insouciance de l’enfance comme cela, aussi brusquement. De plus, ces événements vont les marquer et les changer à vie. En outre le fait qu’ils vont gagner une maturité beaucoup trop tôt.

Personnes criant après une fusillade dans la rue d’un quartier de San Pedro Sula au Honduras.

N’étant pas spécialement informée de toutes les horreurs qui ont lieu dans le monde, je n’étais pas au courant de ce qui se passe en Amérique Latine. Ces photos m’ont touché et m’ont rappelé à quel point j’ai de la chance d’avoir grandi et de vivre dans un cadre non-violent, protégé et confortable.

Un membre d’un gang de rue arrive dans un centre de détention provisoire à Usulutan, Salvador.Une rue dans le Barrio de la Milagrosa, Medellín

 

 

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *